L’un des plus anciens savants de Tlemcen auxquels les auteurs orientaux aient consacré une notice est Khattab ibn Ahmad al-Tilimsani. Il arriva à Bagdad vers 520 H/1126, il y a environ 900 ans. Nous ignorons encore aujourd’hui les dates de sa naissance et de sa mort, et les quelques informations qui nous sont parvenues à son sujet sont pour l’essentiel liées à son séjour à Bagdad. L’un des premiers auteurs à le mentionner est al-Sam‘ani (m. 562 H/1166), qui écrit dans son ouvrage al-Ansab : « Al-Tilimsani : cette nisba se rapporte à Tlemcen… Parmi ceux qui en sont originaires figure Abu al-Husayn Khattab ibn Ahmad ibn Khattab ibn Khalifa ibn Abd Allah ibn Walid ibn Abi al-Walid al-Tilimsani. C’était un bon poète. Il arriva à Bagdad vers l’année 520 de l’Hégire. » Un détail particulièrement intéressant concerne la phrase qui suit, dans le texte d’al-Sam‘ani, les mots « cette nisba se rapporte à Tlemcen ». Les manuscrits divergent en effet sur ce passage. Certains donnent : « Je pense qu’elle se trouve dans les environs d’al-Sham », tandis que d’autres portent : « C’est une grande ville célèbre du Maghreb ». Izz al-Din Ibn al-Athir (m. 630 H/1233) reprit la première version dans son ouvrage al-Lubab fi tahdhib al-Ansab, avant de la corriger explicitement : « Je dis : Tlemcen ne se trouve pas dans les environs d’al-Sham. Elle se situe en Ifriqiya, entre Béjaïa et Fès. »
Al-Sam‘ani était né en 506 H/1113 à Merv, dans le Khorasan. Sa nisba, « al-Sam‘ani », renvoie à sa famille. Le chercheur Abd al-Rahman ibn Yahya al-Muallimi al-Yamani (m. 1386 H/1966), qui assura la révision des six premiers volumes de cette édition d’al-Ansab, signala également que la kunya de Khattab apparaît dans certains manuscrits sous la forme « Abu al-Hasan », au lieu de « Abu al-Husayn ». La notice d’al-Sam‘ani demeure toutefois très brève. La personnalité de Khattab se dessine avec davantage de précision chez Imad al-Din al-Isfahani (m. 597 H/1201), juriste, homme de lettres, historien et l’un des grands secrétaires de son époque. Dans son ouvrage Kharidat al-qasr wa jaridat al-asr, il lui consacre une notice intitulée « Le juriste Khattab al-Tilimsani » et écrit : « Abu al-Hasan Khattab ibn Ahmad ibn Adi ibn Khattab ibn Khalifa ibn Abd Allah ibn al-Walid ibn Abi al-Walid. Le juriste Abu al-Hajjaj Yusuf ibn Muhammad ibn Muqallad al-Tanukhi al-Dimashqi rapporta à Bagdad que Khattab était un imam éminent, qu’il était venu à Bagdad, qu’il composait de beaux vers et possédait une grande maîtrise de la langue. Il lui récita ces vers de sa propre composition :
Je m’interdis les plaisirs de l’existence
jusqu’à ce que mon âme trouve satisfaction dans le savoir.
Un savoir qui purifie l’âme auprès de son Seigneur
et dont les lumières lui tiennent compagnie dans les ténèbres de la tombe.
Lorsque les hommes seront rassemblés à son ombre,
la bannière des sciences sera dressée au jour de la Résurrection.
Si j’atteins ce que j’espère, je reviendrai victorieux ;
sinon, j’aurai du moins fourni à mon âme son excuse. »
Ces quatre vers appartiennent au mètre arabe appelé al-tawil. Ils témoignent de l’attachement de Khattab à la quête du savoir. Pour lui, l’accomplissement véritable ne réside pas dans les plaisirs de l’existence, mais dans ce que l’âme acquiert par la connaissance. Il va jusqu’à s’interdire ces plaisirs tant qu’il n’a pas atteint ce qu’il recherche dans l’étude. Le savoir prend ensuite une dimension qui dépasse la vie terrestre : il purifie l’âme auprès de son Créateur, lui apporte une présence rassurante dans l’obscurité de la tombe et devient, au jour de la Résurrection, une bannière pour celui qui l’a cultivé. Khattab conclut enfin que s’il atteint son objectif, il aura réussi ; et que s’il échoue, il aura néanmoins accompli tout ce qui était en son pouvoir. La version d’al-Isfahani apporte également un élément supplémentaire concernant sa généalogie : il le nomme « Khattab ibn Ahmad ibn Adi ibn Khattab », alors qu’al-Sam‘ani ne mentionne pas « ibn Adi ».
Al-Isfahani, de son nom complet Imad al-Din Muhammad ibn Muhammad ibn Hamid al-Isfahani, naquit à Ispahan en 519 H/1125. Il vécut ensuite à Bagdad et dans plusieurs villes d’al-Sham, et fut lié à Nur al-Din Mahmud (m. 569 H/1174), puis à Salah al-Din al-Ayyubi, Saladin (m. 589 H/1193). Il mourut à Damas en 597 H/1201. L’élément le plus important de son témoignage est cependant qu’il nous donne le nom de l’homme dont il tenait ces informations : Abu al-Hajjaj Yusuf ibn Muhammad ibn Muqallad al-Tanukhi (m. 558 H/1163). Nous nous rapprochons ainsi directement du milieu bagdadien dans lequel Khattab al-Tilimsani était connu. Abu al-Hajjaj était Yusuf ibn Muhammad ibn Muqallad ibn Isa, également connu sous les noms d’Ibn al-Jamahiri et d’Ibn Bint al-Dawaniqi. Il étudia à Bagdad, y entendit le hadith auprès de plusieurs maîtres et se forma à la madrasa Nizamiyya auprès du cheikh Abu Mansur ibn al-Razzaz, avant de s’y établir durablement. Il se tourna ensuite vers le soufisme et fréquenta le cheikh Abu al-Najib. Il participait à des débats portant sur les divergences juridiques, tenait des séances de prédication et se rendait également de Bagdad à Mossoul pour y prêcher. À la fin de sa vie, il retourna à Damas alors qu’il souffrait d’hydropisie.
Nous connaissons une grande partie de ces détails grâce au célèbre Ibn Asakir (m. 571 H/1176), qui connut personnellement Abu al-Hajjaj, suivit avec lui l’enseignement de certains maîtres de Damas et lui rendit visite durant sa dernière maladie. Ibn Asakir, de son nom complet Abu al-Qasim Ali ibn al-Hasan ibn Hibat Allah al-Shafii, était né en 499 H/1105. Il fut l’un des plus grands traditionnistes et historiens d’al-Sham, et Saladin assista à ses funérailles. La figure d’Abu al-Hajjaj apparaît ainsi particulièrement importante pour poursuivre les recherches sur Khattab al-Tilimsani, car c’est par son intermédiaire qu’Imad al-Din nous transmet ce que l’on savait de lui à Bagdad. Une étude plus approfondie de sa vie, de ses transmissions, de ses écrits et des manuscrits copiés de sa main pourrait peut-être permettre de retrouver d’autres informations sur Abu al-Hasan, ou Abu al-Husayn, Khattab al-Tilimsani.
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